Le démantèlement d'une centrale nucléaire

Comment on démonte une centrale ? Où vont les déchets ? Combien ça coûte ? Qui va payer ?

On commence par sortir les barres d'uranium hautement radioactives du réacteur et par les plonger dans un bassin rempli d'eau situé dans le batiment. Quand leur radioactivité a baissé, après plusieurs années, on les met dans des fûts spéciaux qu'on stocke dans des entrepôts sécurisés. L'eau radioactive issue de l'activité de la centrale est concentrée par évaporation et les résidus du processus sont traités comme les autes déchets radioactifs solides. Après l'évacuation des barres de combustible, le démantèlement de l'installation se déroule en plusieurs phases qui vont de l'extérieur vers l'intérieur - un voyage jusqu'au coeur du réacteur. "A chaque étape il faut une autorisation des autorités nucléaires compétentes", explique Ulrich Schröder, porte-parole de Energie Baden-Würtemberg AG (EnBW), l'exploitant de Neckarwestheim. "Cette autorisation règle la marche à suivre dans les moindres détails".

EnBW a déjà de l'expérience en la matière : elle a commencé à procéder au démantèlement de la centrale d'Obrigheim, sur la rive gauche du Neckar, qui a été arrêtée en 2005 à la suite de la décision de sortie du nucléaire [du gouvernement rouge-vert de de Gerhard Schröder en 2000]. Etat du chantier aujourd'hui six ans après l'arrêt du réacteur : la salle des machines vient d'être vidée ; on attend l'autorisation pour passer à l'étape suivante, la phase délicate, à savoir le démontage des composants contaminés et actifs. "Nous partons du principe que l'installation aura complètement disparu d'ici à 2018 ou, au plus tard, 2020". d├ęclare Ulrich Schröder. Soit quize ans après l'arrêt du réacteur. Il n'avait fallu que trois ans pour le construire. [...]

Lors du démantèlement on vérifie la radioactivité de tous les éléments, jusqu'à la moindre vis. Tout composant contaminé n'est pas nécessairement détruit. L'objectif est de minimiser le danger. Pour les nombreux éléments qui ne sont contaminés qu'en surface, il suffit donc d'enlever les couches extérieures - par fraisage par exemple. Les éléments de béton et d'acier sont traités jusqu'à ce qu'ils ne dégagent plus de radioactivité. Ils font ensuite l'objet de toute une série de mesures et, si celles-ci sont concluantes, ils sont renvoyés dans le circuit normal de recyclage des déchets - pour être par exemple employés dans la construction de routes ou la fabrication de couvercles de casserole.

La plupart des matériaux provenant du coeur du réacteur se retrouvent ainsi dans la vie quotidienne. "C'est seulement 1% environ des matériaux d'une centrale qui finissent comme déchets radioactifs" indique Ulrich Schröder. "A Obrigheim, cela représentait 2 700 tonnes sur les 275 000 tonnes d'origine". Ces déchets, qu'on doit stocker définitivement, sont placés dans des conteneurs spéciaux et entreposés provisoirement sur place ou sur le site d'une centrale nucléaire.

Transformer une centrale nucléaire en prairie verte coûte très cher. "Dans le cas d'Obrigheim, ce sont en gros des centaines de millions d'euros", précise Ulrich Schröder. On devrait atteindre cela pour de nombreuses centrales d'Allemagne - c'est à dire plusieurs fois le coût de leur construction. Le démantèlement des cinq réacteurs de Greifswald a même déjà englouti plusieurs milliards d'euros. Si les précédents démantèlements étaient souvent pris en charge financièrement par les pouvoirs publics, ce sont aujpurd'hui les exploitants qui payent - grâce à des réserves spéciales non imposables alimentées par la vente de l'électricité et donc par les clients. Le groupe Eon a provisionné il y a deux ans 12,2 milliards d'euros pour le traitement de son parc nucléaire. RWE a prévu 9,5 milliards et EnBW 4,7 milliards. Si cela ne suffit pas à tout payer en cas d'arrêt décidé par les autorités, on fera appel au contribuable. "Et il vaut mieux démanteler maintenant que plus tard", confie Mathias Steinhoff, expert à l'Öko-Institut de Darmstadt. Même si personne ne sait encore où abandonner définitivement les déchets hautement radioactifs. Car il n'existe toujours pas de centre de stockage final. "Tant qu'on n'en aura pas créé, on n'aura pas réglé le problème, on l'aura simplement laissé en héritage aux prochaines générations".

Note:

Ce texte cité à titre d'exemple est extrait d'un article de Horst Günteherth, dans Stern (Hambourg), repris par Courrier International n° 1068 du 21 au  27 avril 2011.